La deuxième histoire de Tibhirine

Je suis Emmanuel Audrain,
le réalisateur du film documentaire
Le testament de Tibhirine, tourné en 2005.

Mai 2010, Paris
Quelques jours après le Festival de Cannes, les proches et les familles des moines, sont invités à découvrir Des hommes et des dieux, le film de Xavier Beauvois qui vient de recevoir Le Grand Prix. « Nous aimerions vivre ce moment, avec toi, me disent les nièces de « Paul ». Un saut dans le TGV ( je vis en Bretagne ) et me voilà au milieu de beaucoup de visages connus. Le film commence. Je suis d’abord troublé de ne pas retrouver les paysages et les lieux de Tibhirine ( tournage au Maroc ). Il me faut un peu de temps pour que chacun des comédiens incarne chacun des moines. Puis, la magie du cinéma opère. Deux heures durant, je suis emporté par un récit puissant et juste.

« Pourquoi sont-ils restés ? »
Cette question, était le coeur de mon documentaire. La voici traitée, avec les moyens de la fiction. Le scénariste Etienne Comar et le cinéaste Xavier Beauvois ont fait un beau travail d’adaptation, de création. Peu de mots. Des chants et des visages « habités », font revivre les sept moines… Avec leur cœur, leur foi et leurs mains nues, on les voit se confronter à la violence. Celle des « frères de la montagne » et celle des « frères de la plaine ». Résistants et solidaires malgré la peur, les moines bouleversent les spectateurs. Quand le film s’achève, ma voisine de droite, Annick ( nièce de « Paul » ) jette un regard vers notre voisine de gauche, sa belle soeur Algérienne. Celle-ci, dit : « Ces moines ont tant aimé mon pays, qu’ils me donnent envie de le considérer à nouveau. Et de garder espoir ! »

À l’issue de la projection
Nous nous retrouvons tous avec émotion, autour d’Henry Quinson, le « Conseiller monastique » du film. C’est lui qui a proposé les différents psaumes et chants qui le ponctuent. Henry a connu plusieurs des moines, traduit et adapté le livre de l’Américain John Kiser « Passion pour l’Algérie ». La justesse de ton, du film, lui doit certainement beaucoup.
Quand Annick lui demande – « Mais, d’où vient-il, ce film ? », il répond, en se tournant vers moi :
- « Emmanuel, y est un peu pour quelque chose…
C’est en découvrant son Documentaire Le testament de Tibhirine, un soir très tard, à la télévision, qu’Etienne Comar, le scénariste, a été touché par cette histoire et a eu le désir d’écrire cette fiction. »
Je ne savais pas que mon travail avait été « l’étincelle » ( ou l’étoile ) qui a mis en route Etienne Comar. C’est bien.

Faire advenir « la deuxième histoire » de Tibhirine…
La « première histoire » de Tibhirine, elle est connue de chacun de nous et du monde entier. En 1996, et à plusieurs reprises depuis, elle a fait la Une des médias. Il y est question de terreur, de Groupes Islamistes Armés, de Services secrets, de cercueils remplis de sable et de mensonges d’Etat… Cette histoire-là, s’attache bien peu aux moines. Elle est sinistre, désespérante. ( Pourtant, la vérité doit être dite, « officiellement ». )

La « deuxième histoire » de Tibhirine, celle de l’amitié de ces moines pour ce pays d’Algérie et pour son peuple. Cette relation, tissée depuis des dizaines d’années, avec la patience du fil des jours, elle est Belle. Elle a failli passer inaperçue. L’actualité, dévoreuse d’événements, va si vite.
Sans le testament de « Christian », cette seconde histoire aurait-elle été soupçonnée, aurait-elle été entendue ?
C’est, huit jours après leur mort, que « le testament » est publié dans La Croix, puis dans toute la presse. Je le découvre dans mon journal de tous les jours… Je le lis, le relis. Etonné, bouleversé.
Un homme, aujourd’hui disparu, me parle de ses choix de vie. Comme il me touche, son amour inconditionnel pour l’Algérie et les Algériens. Son respect pour l’Islam. Son pardon, offert… Avec ce texte, Christian et sa communauté viennent de reprendre la parole, et aussi simplement qu’ils avaient vécu, ils donnent les clés de leur présence, en ces lieux et ces temps, si troublés. Soudain, j’éprouve de la gratitude pour ces sept moines.

Deux ans plus tard, juillet 1998.
C’est au Pèlerinage islamo-chrétien de Vieux-Marché ( toujours en Bretagne ), que je rencontre la sœur et le beau-frère de « Célestin » ( l’un des sept moines ). Ils connaissent bien Tibhirine, pour y être allés plusieurs fois. « Viens nous voir, à Nantes. » Ce que je fais. Ils aimeraient que je réalise un film sur Célestin. L’homme est attachant. Pourtant, ce qui me captive dans leurs propos, c’est tout ce qui concerne la vie de « la communauté ». Les liens avec le village de Tibhirine. Les liens des moines, entre eux. Je découvre des personnalités fortes, traversées de tensions et d’oppositions. Leur unité, elle se fonde sur leur foi commune, mais aussi sur leur attachement à ce pays et à leurs voisins. Désormais, je comprends mieux pourquoi ils sont « restés ».
Sur le pas de leur porte, quand je les quitte, ils ont bien perçu mon désir de film et me disent : « La famille de Michel est toute proche, l’Abbaye de Bellefontaine, aussi. La maman de Christophe, guère plus loin. » C’est ainsi que je commence un tour de France des familles et des monastères. Vendôme, Rennes, Bordeaux, Aiguebelle – Montélimar, Thonon, Paris.
J’écris un premier projet Documentaire « Rester à Tibhirine », qui devient assez vite « Le testament de Tibhirine ». Nous sommes en 2000. Gilles Padovani, mon producteur, le propose aux responsables des différentes chaînes de télévision. Sans succès. On lui dit : « Cette histoire n’intéresse qu’un tout petit public. Par contre, il y a une enquête à faire sur les GIA, les rivalités entre services secrets… » Merci bien. Ce n’est pas notre projet. ( Finalement, l’approche du « dixième anniversaire » de la mort des moines, décidera France 3 – chaîne du Service public – à entrer en co-production. )

Automne 2004. Premier séjour en Algérie.
Le neveu de « Frère Luc » m’accompagne, il me montre le chemin. J’ai choisi de filmer seul, discrètement. En 2005, je fais deux autres séjours. 48 jours, en tout. C’est beaucoup. Sur un plan économique, ce n’est pas raisonnable, mais je souhaite tellement recueillir la parole des « voisins » et amis algériens des moines. Je commence plusieurs tournages à Alger, Tibhirine, Médéa. Je sens qu’il me faut du temps. « Je vais revenir », dis-je à chacun. Et je reviens. Mais, mes différents témoins se récusent, les uns après les autres. L’un me confie : « Parler de cette « décennie sanglante » ( les années 90 ) dans un film qui va passer à la télévision, c’est se mettre en danger. » ( j’avais deviné ).
Mon « témoin algérien », c’est en France que je le découvre. Rachid, le mari d’Annick, une des nièces de « Paul », est Algérien. Avec leurs trois enfants, ils vivent à Thonon-les-Bains. Le tournage se fait en plusieurs étapes, et Rachid ( aux côtés d’Annick ) trouve les mots pour dire combien le séjour qu’ils ont fait à Tibhirine, a marqué leurs vies. Les moines parlent l’arabe et connaissent mieux que lui, l’Algérie et l’Islam. Il est bouleversé de l’intérêt que ces hommes d’âge mûr, portent « à un jeune Beur ». « C’est eux, dit-il tranquillement, qui m’ont le plus « donné »…
Lentement, en les voyant vivre, j’ai compris qu’on peut être « grand », autrement que par le fric, la violence ou « la sape ». Ils m’ont ouvert un avenir… La qualité du cœur, la droiture. L’honnêteté. »
En 2006, mon documentaire est diffusé sur France 3 ( « Tard dans la nuit » – effectivement ).  « Le testament de Tibhirine » capte l’attention d’Etienne Comar, scénariste. « Un déclic », dira t-il plus tard. Il propose son texte au cinéaste Xavier Beauvois qui y ajoute tout son talent. La suite est connue. Aujourd’hui, « Des hommes et des dieux » rencontre un public de plus en plus large.
« Le testament de Tibhirine », pour sa part, continue sa route à travers l’édition DVD et de nombreuses Projections-débats. Les deux films – qui reviennent sur les mêmes faits – s’enrichissent mutuellement. Belle surprise.
La « deuxième histoire » de Tibhirine se poursuit. C’est bien.
E. A.

Une réponse à La deuxième histoire de Tibhirine

  1. Emmanuel Audrain dit :

    25 septembre 2010
    Jean-Olivier H. Ecrivain, Ile d’Yeu

    Cher Emmanuel,
    c’est avec une belle émotion et une très grande reconnaissance que je découvre en toi et dans ton travail d’enquêteur passionné, l’étincelle première d’un film qui m’a touché au plus intime. Merci, merci à toi d’avoir été premier sur ce sentier qui conduit au meilleur de chacun de nous.
    Jean Grosjean, poète, écrivain, merveilleux traducteur du Coran et d’une partie de la Bible dans la Pléiade, m’a dit un jour : « Tout ce qui contribue à tirer l’humain de l’homme je l’appelle Dieu. » C’est en cela que tu réponds à ce qu’attend de nous notre Employeur infiniment aimant !
    Encore une fois merci. Je t’embrasse, J-O.

    25 septembre 2010
    Yvon J. Journaliste, Paimpol

    Merci Emmanuel de m’avoir fait parvenir cet éclairage émouvant sur Tibhirine. Je n’ai pas vu « Le testament » ni encore le film (de fiction) de Xavier Beauvois. Mais je crois t’avoir fait parvenir, après ton passage à Paimpol, la modeste chronique parue dans La Presse d’Armor, que m’avait inspirée le drame de ces hommes. J’ai été longtemps chrétien, catholique pratiquant et même engagé. Je ne le suis plus mais l’église reste un peu quelque part ma famille éloignée. J’ai vécu longtemps (huit ans) en terre d’Islam (au Maroc) et j’ai gardé de nombreux amis musulmans. L’un d’eux, un de mes anciens élèves de CM2 (il y a plus de quarante ans!) m’a fait parvenir il y a quelques jours un très beau texte de Tahar Ben Jelloun, une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy parue dans Le Monde début septembre. Je ne serai jamais de ceux qui confondent la religion avec l’usage qu’en font certains, au bénéfice de causes très éloignées du message de fraternité universelle.

    25 septembre 2010
    Claude R. Père Blanc, Algérie

    Je viens de lire les Nouvelles du film « Le Testament de Tibhirine ». Je te remercie pour ces réflexions, encore toutes vibrantes des témoignages que tu as reçus, des contacts pris, de ce travail de longue patience qui a été le tien, et je suis si heureux d’apprendre que tu as été au « déclic » du film « Des hommes et des dieux »! Je me doutais que tu n’étais pas étranger à ce film, mais je ne savais pas comment. Je n’ai pas encore vu le film, mais je reste convaincu que rien ne pourra remplacer « le Testament de Tibhirine ».
    J’ai parfois un peu peur de voir « Des hommes et des dieux », peur de rester sur ma faim. Pourtant, je le verrai avec intérêt, sachant que grâce à lui, le témoignage de nos frères moines va aller plus loin encore dans l’espace.
    Merci encore d’y avoir cru!

    25 septembre 2010
    Bénédicte F. Femme de marin, Roscoff

    Merci beaucoup Emmanuel de ce très beau texte. Nous suivons cela bien sûr, espérant que ton film sera projeté dans le secteur. Ce que tu fais est beau parce que profond, humain, respectueux. Parce que tu prends le temps de le faire à fond, avec l’écoute, la méditation, l’humilité, la douceur. Parce que ta recherche est d’ordre spirituel. Tu habites bien ton prénom. Je fais suivre aux gens que j’aime.

    25 septembre 2010
    Laurence P-J. Réalisatrice, Paris

    Cher Emmanuel,
    Quel plaisir de recevoir ces bonnes nouvelles de toi!

    25 septembre 2010
    Larbi B. Réalisateur, Rennes

    Cela fait longtemps que j’avais envie de t’envoyer un mot. En fait, depuis que j’ai vu « Des hommes et des dieux », ce très beau film. Je suis allé le voir avec ma femme et mon fils. Évidemment, tout ce qui parle de l’Algérie nous intéresse, surtout en termes d’amour et d’amitié. En regardant ce film, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ton Documentaire, « Le testament de Tibhirine ». Je suis persuadé que Xavier Bauvois a visionné et revisionné ton film. On y trouve la sobriété et l’honnêteté du traitement qui caractérise ton esthétique.
    L’Algérie est un pays qui vit « en quarantaine » depuis des décennies. C’est grâce à des intellectuels, des artistes comme toi et Beauvois, que cette chape de plomb se fissure, à chaque fois un peu plus, laissant entrer davantage de lumière.
    Vous tous qui aimez ce pays, ce peuple, MERCI!

    26 septembre 2010
    Michel C. Paludier, Guérande

    « Des hommes et des dieux », est un film sobre mais chargé d’émotion et qui en dit beaucoup.
    Tu as semé une graine qui a bien levé. Et, c’est bien !

    26 septembre 2010
    Jean Marie W. Editeur, Nantes

    Salut Emmanuel !
    Nous avons vu « Des hommes et des dieux » dès le premier soir au Katorza. La salle était pleine et nous sommes sortis sous l’emprise de ce film magnifique.
    Ton film avait bien préparé le terrain, j’y repensais souvent dès que je lisais un article sur Tibhirine. Je suis heureux d’apprendre que tu as joué un rôle, à ton insu. Aucune image n’est neutre, et dans ma tête les paysages que tu as filmés et ceux du film se confondent. Le jeu des acteurs permet peut-être de mieux comprendre le cheminement de leur décision. Quoi qu’il en soit, ton film et celui-là, sont vraiment des éclairs dans notre vie bien banale.
    Peut-être pas si banale que ça, après tout !

    25 septembre 2010
    Hubert et Nicole de C. Paris

    Merci de ce beau texte que tu nous envoies et qui retrace la filiation entre ton film et celui de Xavier Beauvois. On va finir par croire qu’il y a un Bon Dieu quelque part !
    Et ce serait une merveilleuse aventure que le monde découvre que ce Dieu d’Amour et de Miséricorde est plus grand que nos différences avec lesquelles Il « joue » comme le dit joliment Christian, dans son testament. Ce sera peut-être la « troisième histoire »…

    27 septembre 2010
    Jacques L. Réalisateur, Ploëmeur

    Merci pour ce Courrier très éclairant.
    J’imagine ton désappointement devant les « beaux paysages de Tibhirine » admirés par la critique, alors que toi, tu connais les vrais, ainsi que les villageois que tu ne reconnaissais pas puisqu’ils n’étaient que des figurants. Je comprends qu’il t’ait fallu un temps d’adaptation, également avec les personnages, toi qui reste hanté par leur présence à travers leurs photos et surtout leurs écrits, leurs « testaments »…
    Mais comme tu le dis, « la magie du cinéma a opéré ».
    Dans tout ce battage médiatique – car il y en a un et c’est bien – j’ai beaucoup regretté qu’on n’ait pas rappelé le rôle précurseur de ton Documentaire : ça a été le sens de mon message publié dans Télérama.
    Je n’oublie pas le mal que tu t’es donné pour mener à bien cette aventure, avec des moyens très limités. Et les risques que tu as pris. Tu n’as pas tourné au Maroc avec l’aisance d’un film bien financé. Tu as poussé l’honnêteté – celle qu’on te connaît et qu’on apprécie – à aller sur les lieux mêmes de la tragédie pour en rencontrer les témoins, morts et survivants.
    Je me souviens qu’avant de partir moi-même pour l’Algérie, tu m’avais prodigué de précieux conseils. Je me souviens aussi que quelque temps après la diffusion du Testament en France, je t’avais rencontré au Consulat d’Algérie à Nantes où tu demandais un nouveau visa pour aller présenter ton film aux villageois de Tibhirine. Quelle conscience professionnelle – combien de réalisateurs font cette démarche ? – quelle conscience tout court ! Tu avais promis de revenir, tu es revenu.
    Que tes témoins se soient rétractés, ne m’étonne pas. J’ai pu mesurer le traumatisme qu’a représenté cette décennie sanglante pour les Algériens. Lors d’un pique-nique dans un parc sur les hauteurs de Constantine, l’ambiance est décontractée – service à thé, pâtisseries appétissantes étalées sur une nappe – propice aux confidences. Mourad raconte l’enlèvement de son frère par les GIA, la confiscation de sa voiture par la police, les manifs contre l’armée… Brusquement il s’arrête et jette un coup d’oeil circulaire autour de lui. Quelqu’un l’aurait-il entendu ? Vieux réflexe.
    Ce que tu as fait est bien, tant ton film que la manière dont tu l’as fait !
    Je souhaite une nouvelle vie et un beau succès au « testament » !

    28 septembre 2010,
    Jacques L. Réalisateur, Ploëmeur.

    Suite à la transmission de ton Texte, la réaction d’une amie montre combien l’évènement donne à réfléchir :
    « Merci, pour cette suite au film.
    Samedi, à Lille, j’ai acheté au Furet du nord – « Petite vie des moines de Tihirine » de Christophe Henning (journaliste à la Voix du Nord). Tout petit livre, glissé avec grand plaisir dans mon sac.
    D’autres livres m’ont attirée :
    - « Sept vies pour Dieu et l’Algérie » par Bruno Chenu, Bayard 1996.
    - « Aime jusqu’au bout du feu », poèmes du frère Christophe, Monte-Cristo 1997.
    - « L’invincible Espérance », Christian de Chergé, Bayard/Centurion, 1997.
    - « Le souffle du don », journal de frère Christophe, Bayard/Centurion, 1999.
    - « Dieu pour tout jour », chapitres de Christian de Chergé, Abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle, 2004.
    - « Christian de Chergé, prieur de Tibhirine », de Marie-Christine Ray, Albin Michel 2010.

    La « deuxième histoire » de Tibhirine se poursuit. ça fait du bien, de croire « encore » en l’homme, en sa bonté envers son prochain… Pour reprendre les mots de Rachid « Qu’on peut être grand, autrement que par le fric, la violence, ou « la sape ». »
    Pour nos enfants, petits-enfants… Des espérances à transmettre. »

    29 septembre 2010
    Annick C., nièce de Paul. Thonon-Les-Bains

    J’ai découvert ton texte, magnifique, bien structuré dans le temps, amenant bien les étapes de ta réflexion, de ton travail. Cela reflète bien ta démarche et ce qui te tenait à coeur. Merci de nous inclure, Rachid et moi, avec tant de respect.
    Tu as été toi aussi, comme « les Sept », un avant-gardiste et ton travail, même sur le tard, mérite d’être (re) découvert et porté à la connaissance du plus grand nombre.
    Vendredi prochain, les classes de seconde du Lycée de Léa, iront voir le film de Beauvois, je suis invitée à faire une présentation. J’essayerai de sensibiliser au mieux des adolescents de 15/16 ans qui doivent penser qu’ils ont mieux à faire que de se préoccuper de moines!!!
    Et pourtant.

    30 septembre 2010
    Gilles N. Algérie

    Merci pour les DVD, bien reçus.
    J’ai vu hier le film « Des hommes et des dieux », dont le succès commercial est phénoménal. Je tiens à te dire que je préfère celui que tu as fait: j’y rejoins de plus près ce que j’ai vécu.

    Ma réaction au film de Beauvois :

    Je suis heureux que ce film connaisse un succès inattendu.
    Mais il est clair, pour moi qui ai vécu en lien étroit avec les moines de 1977 à leur mort en 1996, qu’il s’agit d’une « fiction », bâtie à partir d’une histoire vraie.
    Beaucoup de spectateurs retiendront que les moines ont choisi de rester, malgré les invitations répétées du Wali de Médéa à se réfugier ailleurs. Choix motivé à cause des liens qu’ils avaient avec les gens habitant dans le voisinage. Ceci est vrai et c’est sans doute l’essentiel de ce qu’il faut retenir.
    Mais ce message a absolument besoin d’être complété.
    Un témoignage d’Eglise
    Même si l’enlèvement des sept moines a été très médiatisé et a soulevé une grande émotion dans le monde entier, il faut relever que dans les deux années précédentes, déjà onze religieux et religieuses du même diocèse avaient été assassinés à Alger: Un frère mariste, une petite Sœur de l’Assomption, deux Sœurs de N.D. des Apôtres, deux Sœurs Augustines de Madrid, une petite Sœur du Sacré Cœur, quatre Pères Blancs.
    Le G.I.A. (Groupe Islamique Armé) avait en 1993 sommé tous les étrangers de quitter le territoire sous peine d’être assassinés. Parmi les religieux et religieuses en Algérie, certains se sont conformés aux recommandations des Ambassades, d’autres ont pris le risque de rester aux côtés de leurs amis musulmans. C’est le cas, entre autres, du père Robert Fouquez, ermite dans les environs de Médéa, qui s’était réfugié dans une dépendance du monastère, et dont le film ne mentionne pas l’existence. Il était présent aussi lors de l’enlèvement de ses frères.
    Du fait de l’insécurité des routes menant de Blida à Médéa (27 km) et de Médéa à Tibhirine (6 km), les moines recevaient peu de visiteurs. Mais le film aurait pu mentionner le passage de Mgr Teissier, après l’incursion du Groupe d’Islamistes Armés, le soir de Noël 93, pour réfléchir avec eux, aux suites à donner.
    Il aurait pu signaler aussi que, la nuit même de l’enlèvement, était réuni au monastère un groupe de religieux et laïcs très liés au prieur et à la communauté, qui aujourd’hui encore – quatorze ans après – se réunissent dans le même dessein de rejoindre des amis musulmans dans un partage spirituel.
    Non, les moines n’étaient pas isolés. Ils avaient été très secoués par les assassinats qui eurent lieu à Alger et Tizi-Ouzou. Ils restaient en lien étroit avec leur archevêque Henri Teissier, et même avec le Cardinal Duval, dont la mort a suivi de peu celle des moines. En lien étroit aussi avec le père Gilles Nicolas – auteur de ces lignes – prêtre diocésain qui enseignait dans un lycée de Médéa et les rejoignait fréquemment.
    Par ailleurs, la réalité est souvent déformée sans nécessité :
    Le village dans lequel on voit les moines déambuler est très éloigné de l’environnement du monastère. La scène où l’on voit frère Christian (le prieur) et frère Luc (le médecin) participer à une prière musulmane est purement imaginaire.
    ( … )
    L’intrusion au soir de Noël 93 d’un Groupe de terroristes n’est pas du tout, telle que présentée dans le film, fidèle à la réalité. En réalité, trois seulement sont entrés au monastère (et trois autres étaient restés à l’extérieur). Aucun n’était barbu, et tous portaient des tenues de l’A.N.P. (armée nationale populaire) et non des tenues « afghanes » (même si leur chef, Sayeh Attia, était bien un ancien d’Afghanistan). Personne ne les a vus entrer, et ils ont commencé par pénétrer dans l’hôtellerie où se trouvaient le père Nicolas et deux étudiants d’Afrique sub-saharienne. À aucun moment ils ne se sont montrés menaçant, mais tous savaient qu’il s’agissait du Groupe qui avait égorgé quinze jours plus tôt, à quelques kilomètres de là, quatorze travailleurs Croates. ( … )
    En conclusion,
    S’il faut rendre hommage au réalisateur pour son travail, et si l’on peut se réjouir avec lui du succès commercial du film, il semble qu’on aurait pu se rapprocher davantage de la vérité historique et rendre leur message plus universel, sans dénaturer le film.

    Gilles N. Algérie

    3 octobre 2010
    Bernard B. Père mariste, Paris

    Merci pour ce parcours que tu rappelles et qui t’a permis de faire connaître par « Le testament de Tibhirine », l’essentiel du témoignage des moines à des foules de spectateurs. Merci d’être venu jusqu’au « Forum 104 ». Maintenant c’est le Grand Prix de Cannes qui est au premier plan. Je l’ai aimé aussi et l’ai trouvé « juste ». Dans une dizaine de jours, j’organise un débat au Forum sur le film « Des hommes et des dieux » et j’évoquerai (avec d’autres) un « Testament » qui nous a visité à deux reprises. Merci.

    4 octobre 2010
    Françoise P. Sociologue, Paris

    Merci Emmanuel pour ce beau et intéressant message.
    J’admire ta grande discrétion, mais je trouve que face à
    l’emballement suscité par le film de Xavier Beauvois, (que je n’ai pas encore vu), il est vraiment dommage que le tien ne soit mentionné nulle part.
    Je trouverais bienvenu que la télévision le re-programme, ne peut-on leur suggérer?

    8 octobre 2010
    Antoine B. Organisateur de la Projection de Lorient

    Merci pour ce commentaire qui fait le lien entre ton propre film et celui que nous venons de voir. Les deux, participent à la diffusion que mérite ce magnifique testament de Christian. Ces sept moines donnent, dans leur vie concrète, à l’horizontalité de la croix, la place qu’elle doit avoir, à côté de sa verticalité.

    9 octobre 2010,
    Yves J. Enseignant audiovisuel, Douarnenez

    Ces quelques mots après avoir entendu ce soir une interview à la Radio du Père Jean-Marie Lassausse, “Le jardinier de Tibhirine”. Il a parlé de ton film et de toi, à l’occasion d’une émission très dense.
    J’ai vu, il y a quelque temps “Des hommes et des dieux”. C’est un beau film, un grand film, mais il ne m’a pas ému (j’essaye de comprendre pourquoi), alors que je l’ai été en voyant ton documentaire. Je ne dis pas ça pour te flatter, c’est comme cela que je l’ai vécu.
    Peut-être, qu’en montrant moins, on laisse l’esprit plus ouvert à l’émotion, lors de la lecture des mots laissés par les moines ?

    10 octobre 2010,
    ( Réponse ) Bonjour Yves.
    Quelques rares personnes m’ont fait la même réflexion.
    Les documents fragiles et modestes du documentaire, vidéo et photos de famille, ont beaucoup de poids. Est-ce cela ?
    Ou bien, est-ce ton lien si fort, avec l’Algérie, et particulièrement avec la période de la « Guerre d’Algérie » ?
    Nos Projections reprennent… C’est une belle surprise.
    “Le testament de Tibhirine” passe bien après “Des hommes et des dieux”. Les deux films s’enrichissent l’un, l’autre.
    Les débats sont passionnants.

    Emmanuel Audrain, réalisateur.

    12 octobre 2010
    Isabelle D. Acheteuse du DVD, Paris

    Je viens de recevoir « Le testament de Tibhirine » en DVD. Encore merci pour ce film plein de tolérance, « dans ce monde de brutes ».

    01 novembre 2010
    J-F. R. Pasteur, Suisse

    Je viens de visionner le documentaire « Le testament de Tibhirine » avec des jeunes qui me sont confiés dans le cadre de mon ministère de pasteur protestant. J’ai été ému, bien sûr. Aux larmes. Mais ce qui m’a le plus touché, c’est la subtilité, la délicatesse de votre documentaire qui sert si bien ce texte majeur de frère Christian. Et il y a aussi ces plans fixes, telles des natures mortes qui paradoxalement disent si bien la force de la vie.
    Simplement MERCI. Je vais le revoir souvent, il renvoie à un cap que ces hommes ont su tenir dans l’hostilité et qu’il convient de tenir encore et encore dans notre monde.

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